Effets visuels : du papier au grand écran

By Samsung Belgique 11.03.2016

Culture Technologie & innovation Film

Effets visuels : du papier au grand écran

Dans le cadre de la récente cérémonie des Oscars, Discover jette un œil sur les adaptations littéraires et les effets visuels qui ont rendu tout cela possible. Quel a été l’importance et le rôle que les effets visuels ont joué? Nous avons demandé à un certain nombre de professionnels du cinéma.

Le 28 février 2016, les 88 e Academy Awards ont été décernés au Dolby Theater de Hollywood, à Los Angeles. Nombreux sont les films distingués dont le scénario est tiré de romans célèbres : Mary Poppins , la trilogie du Parrain , Ben Hur, L'étrange histoire de Benjamin Button ou la trilogie du Seigneur des anneaux .


Roman et film
samsung movie scripts

Il n'est pas rare que les spectateurs se plaignent des adaptations littéraires : leur passage préféré du livre a été oublié, une fête est présentée tout autrement, des personnages intéressants sont absents... Il n'est pas facile d'adapter un roman au cinéma si l'on veut à la fois réaliser un film impressionnant et ne pas décevoir le public. Mais c'est possible : de nombreux lauréats des Oscars l'ont prouvé. Le Seigneur des Anneaux en est un excellent exemple. L'épopée au 17 Oscars a fasciné les fans, les critiques et le monde du cinéma pendant trois ans. Un exploit quand on se souvient qu'il y a 20 ou 30 ans, il était encore impossible de porter à l'écran ce récit imaginaire.


Janna Houwen , professeur à l'université de Leyde, spécialiste du cinéma et de la littérature, nous parle du débat sur les œuvres littéraires adaptées à l'écran. « Le film et le roman sont deux médias différents » , explique-t-elle. « Si le livre est porté à l'écran, l'histoire reste la même, mais cela ne veut pas dire qu'elle est racontée de la même façon. » Le roman s'attarde souvent sur les sentiments et les pensées ; ces passages n'ont pas toujours leur place dans un film. « Le romancier dispose de plus de temps pour s'attacher aux détails. Le temps du film est compté. » Qui voudrait regarder un long métrage de 36 heures ? « Simultanément, le film révèle une grande quantité de détails visuels » , ajoute Janna. Souvenons-nous des tables de banquet de Poudlard dans Harry Potter, ou des scènes rapides de Slumdog Millionaire avec les montagnes d'ordures en arrière-plan. Ces détails contribuent à l'ambiance du récit.


Pas de bon film sans un son soigné

Le cinéma fait appel à nos sens plus que le livre. Les yeux et les oreilles sont sollicités. Il en résulte une expérience différente. Le son et l'image parlent aux émotions. Comme la musique, les effets sonores peuvent avoir beaucoup d'impact. Une bande son triste en arrière-plan nous arrache des larmes, une mélodie joyeuse nous revigore, des notes longues et calmes apportent la sérénité (à condition de ne pas s'endormir !). Naturellement, acteurs et actrices occupent une place importante dans l'expérience émotionnelle. « Les fans aiment voir leurs idoles » , explique Janna. Et les bons premiers rôles suscitent l'admiration des spectateurs. Tout bien considéré, le livre et le film sont des médias différents, qui racontent la même histoire par d'autres moyens.


Effets visuels : l'évolution technologique dans le cinéma

Grâce aux progrès technologiques, les cinéastes disposent aujourd'hui de formidables logiciels pour créer des scènes captivantes avec quantités d'effets intéressants. Comparez un ancien James Bond avec une version récente. N'avez-vous pas l'impression que Daniel Craig a beaucoup plus de pouvoirs que Sean Connery ? Par le passé, certaines histoires étaient difficiles à filmer fidèlement. La technique faisait défaut. Mais l'industrie des effets visuels et des effets spéciaux a progressé à vive allure ! Il suffit de comparer les lauréats des Academy Awards des années précédentes pour voir la différence :

Les grands noms qui s'occupent d'effets visuels et spéciaux ne manquent pas. George Lucas, réalisateur de la Guerre des Étoiles, a fondé en 1970 Industrial Light & Magic, un studio spécialisé dans les effets spéciaux et les animations informatiques. L'entreprise s'est aussi occupée de L'Homme-fourmi de Marvel, du dernier James Bond film Spectre et même de The Revenant, nominé pour une kyrielle d'Oscars. Le grand concurrent d'Industrial Light & Magic s'appelle WETA et est installé en Nouvelle-Zélande. Cette entreprise a réalisé les effets du récent Deadpool de Marvel ainsi que ceux du Seigneur des Anneaux et de la série Le Hobbit .


La transposition de la saga Le Seigneur des Anneaux n'a pas été une mince affaire. La Terre du Milieu est un monde peuplé d'êtres étranges, elfes, orques, nains et hobbits. Sans parler de la créature décharnée, à la démarche bizarre, qu'est le Gollum. Quand Peter Jackson a lu les romans, il a pensé que ce serait extraordinaire de les transposer à l'écran. Mais il savait aussi que la tâche serait colossale. Avant le tournage, il n'existait que la version animée de Ralph Bakshi. Il n'était tout simplement pas possible de porter à l'écran les combats titanesques entre les orques, les hommes et les elfes. Quant à la Terre du Milieu, elle alternait les paysages de prairies et de cours d'eau, mais aussi les montagnes, grottes, forêts et volcans. Imposantes et idylliques, les villes ne se trouvent pas toujours à l'endroit le plus pratique. Bref, un décor hors du commun. Comment Peter Jackson s'y est-il pris pour représenter cet univers à l'écran, avec autant de détails et de réalisme ? Car tout n'est pas réel …


Effets visuels et effets spéciaux

Chez Planet X , nous avons demandé au spécialiste des effets visuels Dennis Kleyn de nous expliquer son travail ainsi que les opérations numériques qui interviennent dans la production du film. « On confond souvent les effets visuels et les effets spéciaux, mais ce n'est pas la même chose, commence-t-il. Les effets spéciaux sont créés sur le plateau. Des exemples ? Explosions, pluie, fumée, neige... C'est seulement au stade de la post-production que l'on ajoute les effets visuels. Ce traitement porte sur les images déjà filmées, et passe généralement par des procédés numériques. » Si vous avez déjà vu le making of d'un film, vous vous souvenez certainement des fonds verts et bleus. C'est là que commence le travail de Dennis et de son équipe. « Sur le plateau, poursuit-il, le décor est construit jusqu'à un certain point. Le reste se compose de green screens sur lesquels les artistes visuels composent le décor virtuel. »

Publieke Werken (travaux publics) green screen

Le décor réel avec green screen

Le décor numérique

Le décor numérique


Les effets visuels du film néerlandais « Publieke Werken »

Dennis prend l'exemple du récent film néerlandais Publieke Werken (travaux publics) pour illustrer le travail de son équipe. L'action de Publieke Werken se déroule dans l'Amsterdam du 19 ème siècle. Le film s'ouvre sur une vue d'Amsterdam, prise d'en haut, sur le côté de la Gare centrale. Mais pas de trams, pas d'hôtel Victoria, pas d'autobus ni de hordes de touristes. Comment le studio a-t-il recréé cette image d'Amsterdam d'une autre époque ? Il s'agit d'abord de trouver des points de référence, explique Dennis. Certains bâtiments d'Amsterdam existent depuis des siècles ; cela facilite le travail (la tâche aurait été un peu plus compliquée à Rotterdam...). Pour se faire une idée plus précise de la ville du 19 ème siècle, l'équipe s'est plongée dans les archives locales. Elle a rassemblé dessins et photos, mais aussi d'anciens documents évoquant le passé de la cité. L'opération suivante consiste à dessiner des mood boards à partir des points de référence. Pour visualiser la vieille Amsterdam sur le site de prise de vue et permettre au cameraman de savoir à quoi ressemblerait le résultat final, une tablette était disponible pendant le tournage avec une esquisse de l'image numérique. Vive la technique !


Effets visuels : ambiance et authenticité

Les artistes visuels chargés de créer un monde numérique font très attention aux détails, ces détails dont parlait aussi Janna. Dans Publieke Werken, le cinéaste a tenu compte des nombreux panneaux publicitaires que l'on trouvait autrefois à Amsterdam. « Les textes, les graphismes et les matériaux étaient très différents d'aujourd'hui » , ajoute Dennis. « On ne voyait pas encore de néons scintillants, ni de vidéos publicitaires pour les smartphones sur la place Rembrandt. Les réclames peintes sur du bois vantaient les mérites des bateaux à vapeur, du tabac ou des cigares. » Le spectateur n'a pas vraiment conscience de tous ces détails lorsque le héros est en pleine discussion avec son adversaire, mais plus ou moins inconsciemment, « cela contribue à l'ambiance, à l'authenticité du film » , estime Dennis.

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Un jour, Dennis a vu une photo prise à Londres, avec un reflet du soleil sur les fenêtres d'un vieux bâtiment, vision qu'il s'est empressé d'intégrer aux images du film. « Nous avons recréé l'atmosphère d'un après-midi ensoleillé. »


Une pluie de poissons : avec les effets visuels, c'est possible

Dans le monde numérique, il est fréquent de dédoubler ou de réutiliser certains éléments. « Un plancher de bois peut devenir le quai d'une gare de chemin de fer, puis, dans un autre film, la surface d'une jetée portuaire. » Planet X FX a travaillé sur un autre projet qui illustre la multiplication numérique des éléments : la série « Les Secrets de Barslet » (2012, réalisation Boris Paval Conen).

Sur les 2400 plans de Star Wars, 2000 comportent des effets visuels

Le numérique libère la créativité des cinéastes. On imagine aisément le potentiel de ces techniques pour les auteurs de science-fiction ! Un exemple : le nouveau film Star Wars, Le Réveil de la Force, se compose de 2400 plans. Sur ce total, 2000 ont été traités. Avec succès, car Star Wars est nominé aux Oscars dans les catégories effets visuels et montage. Star Wars n'est pas le seul film à profiter du progrès technologique. Vous souvenez-vous du grand concurrent du studio de George Lucas ? C'est l'équipe WETA qui, en coulisse, a fait du Seigneur des Anneaux le spectacle grandiose que nous connaissons. Chacun des trois films a reçu l'Oscar des effets visuels. Une récompense méritée : les artistes sont allés jusqu'à développer des logiciels spéciaux d'effets visuels pour tourner les combats épiques.


Massive : une technique d'effets visuels pour des combats réalistes et dynamiques

Le Néo-Zélandais Stephen Regelous a créé le programme MASSIVE (Multiple Agent Simulation System in Virtual Environment). Avant l'arrivée de MASSIVE, les créateurs visuels dessinaient un certain nombre de personnages avant de les copier pour former un grand groupe. Mais tous combattaient de la même façon. Avec MASSIVE, les armées s'affrontent avec réalisme et dynamisme : chaque personnage est autonome et évolue de manière indépendante. L'invention de MASSIVE a valu à Stephen un Academy Award dans la catégorie Scientific and Engineering Achievement en 2004. Depuis, le logiciel est le plus utilisé dans les effets visuels de combat. Des films comme World War Z et 300 en ont également tiré parti.


Houdini : une technique d'effets visuels pour des explosions spectaculaires

Un autre outil spécialisé est actuellement très demandé : Houdini. « Ce logiciel, explique Dennis, permet de créer des simulations. Il utilise de petits éléments animés par une dynamique. Il faut voir le résultat … »

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Apprécié des cinéastes, le logiciel est aussi prisé des créateurs de jeux vidéo. « Bon nombre de films Marvel font appel à ce type de technique pour reproduire des explosions ou des tourbillons. » Houdini crée des effets étonnants, que la 3D renforce encore.


Une bonne histoire ou du suspense ?

Le cinéma n'est-il plus qu'une affaire d'effets ? « Le cinéma s'appuie largement sur la technique » , répond Dennis. « Le public demande des effets spectaculaires. Pourtant, l'utilisation des effets visuels dépend aussi du genre de film. » Janna est du même avis : « Certains films sont synonymes de scènes spectaculaires, avec des immeubles qui s'écroulent et des inondations. Dans ce cas, les effets visuels accentuent la tension. Plus les effets sont efficaces, plus les gens sursautent dans leur fauteuil. Cette réaction physique contribue à l'intérêt du film et attire les spectateurs. Face à cela, d'autres films mettent l'accent sur le récit et les personnages, sans devoir recourir à des tempêtes violentes. » Janna pense aussi que les effets peuvent clarifier le déroulement du scénario par leur caractère visuel. »


Les meilleurs effets visuels, une illusion crédible

La trilogie du Seigneur des Anneaux multiplie les effets spéciaux sans négliger pour autant le contexte et les émotions des personnages. Les effets visuels et les effets spéciaux ne sont pas intégrés avec beaucoup de subtilité. Le spectateur sait que tout est manipulé. Est-ce grave ? Pour Janna, le spectateur finit par croire à l'illusion qu'il voit à l'écran. La Terre du Milieu doit apparaître comme un monde plein d'êtres bizarres et de magie. Nous, les spectateurs, nous devons pouvoir nous laisser emporter. Si les avis divergent à l'extrême, les 17 Oscars ne mentent pas : le tournage en valait la peine. Je n'oublierai jamais ce moment devant la Bataille de la Gorge de Helm … Une main devant les yeux, les ongles de l'autre enfoncés dans ma bouteille de Fanta... Je me disais : « Si seulement Aragorn, Gimli et Legolas pouvaient s'en sortir vivants... »