L'Art Store

Retrouvez d'autres anecdotes sur les oeuvres de l'Art Store.

Juin 2022

Elliott Erwitt

Versailles, France

Ce mois-ci, vous avez renc’art en plein musée avec le photographe Elliott Erwitt pour discuter de son oeuvre : “Attention, vous êtes regardés”.

Animé d’un regard malicieux, l’artiste ne manque pas une occasion de faire parler son humour espiègle au travers de clichés cocasses.

Le saviez-vous ?

Attention, vous êtes regardés
Où l'on découvre un spectateur de spectateurs.

“Faire rire les gens est une des plus parfaites réussites qu’on puisse espérer.”
Elliott Erwitt



Fin des années 1950. Le photographe Elliott Erwitt s’ennuie entre deux déplacements professionnels. Ni une ni deux, il embarque son appareil photo, et part flâner dans les musées. Et il fait bien, car il y trouve l'inspiration presque instantanément ! Ces rendez-vous culturels deviennent très vite son champ d’action préféré. Passionné, l’artiste mitraille… les visiteurs.

Car oui, plus que les œuvres d’art, c’est surtout les visiteurs que Erwitt s’amuse à observer et immortaliser. Bien évidemment, le photographe est fasciné par tout ce qu'il découvre lors de ces expositions : histoire, science, culture… Il y a de quoi alimenter son art. Mais immanquablement, son regard finit toujours attiré par les petites scènes se déroulant autour de lui ! Ce qui l’anime entre deux toiles exposées ? Son œil de lynx plein de malice ne manque jamais de relever les situations cocasses ! Un groupe de touristes admirant un cadre vide, d'autres préférant regarder par la fenêtre, ou des jeux de perspective espiègles entre visiteurs et sculptures quelque peu… dénudées.

Face à l'immensité des musées et de la culture en général, Erwitt se réjouit également de profiter de ces spectacles à taille humaine. Cet amateur d'art est aussi, tout simplement, un amateur d'amateurs d'art ! Dans ces instants volés au détour d'un couloir de musée, il trouve un supplément de réflexion, de sensibilité et de distraction. Un savant mélange qui fait la beauté de l'humain et que nul chef-d'œuvre ne peut imiter aussi parfaitement !

Mai 2022

Thibaud Poirier

Trinity College Library

Ce mois-ci cher Framers, vous avez Renc’art dans un lieu exceptionnel avec Thibaud Poirier et la majestueuse bibliothèque dublinoise de Trinity College.

Passionné d’architecture et de voyage, ce jeune photographe aime à illustrer la citation d’Italo Calvino “La lecture est solitude”.
Pour cela, il partage avec nous sa vision désertique et empreinte de mutisme des plus belles bibliothèque du monde.

Thibaud Poirier, Trinity College Library Thibaud Poirier, Trinity College Library

Le saviez-vous ?

Chuuuuuuuut
Où l'on découvre comment être seuls, ensemble.

“La lecture est solitude..”
Italo Calvino



Bibliothèque du Trinity College, Dublin. Un jeune homme se faufile rapidement dans l’imposant bâtiment historique totalement vide. Le visiteur en question ? Thibaud Poirier, photographe passionné d’architecture et de voyages. Il tient absolument à immortaliser le lieu, encore désert et silencieux…

Depuis plusieurs mois, le globe-trotteur parcourt différents pays, armé de son appareil, à l'affût des plus belles bibliothèques du monde entier. Inspiré par une citation de l’écrivain Italo Calvino, “La lecture est solitude”, il s’y introduit très tôt, avant l’afflux des étudiants et touristes. Entouré de livres, et dans un silence absolu, il cherche alors à capturer en image ce moment de solitude totale que l’on ressent, plongé dans la lecture d’un bon bouquin.

C'est ce contraste entre voyage intérieur et lecteurs regroupés dans un même espace, qui fascine notre photographe. Bien que des foules entières s'y pressent et s'y rassemblent, les bibliothèques offrent finalement des expériences bien solitaires ! Côte à côte sur un bout de table, les lecteurs sont en fait chacun absorbés dans leur propre univers.

Spécialisé dans la photographie d'architecture, Poirier pousse encore un poil plus loin la réflexion : comment donc les architectes prennent-ils en compte ce paradoxe ? Sans oublier qu'ils ont tous leur vision très personnelle de la lecture… et de la solitude. Certains vont privilégier la lumière naturelle, d'autres une ambiance plus feutrée, faut-il préférer de grands espaces communs ou des coins de lecture isolés ? C'est ça aussi qui transparaît dans les photos de Poirier : sur chaque pan de bibliothèque, il y a l'empreinte laissée par son créateur. Chaque bibliothèque est en fait une nouvelle page de l'architecture qui s'écrit !

Avril 2022

Grant Wood

The birthplace of Herbert Hoover

Ce mois-ci, vous avez Renc’Art sur le continent Américain avec le peintre régionaliste du XXème siècle: Grant Wood.

Reconnu pour ses peintures d’une Amérique rurale idéalisée, Grant se voit attribuer une commande exceptionnelle, celle de rendre hommage aux origines du chef de l’Etat : Herbert Hoover. En pleine période de crise économique, le peintre glisse des détails subtils sur sa toile, pour faire passer un message au Président !

Portrait d’une femme noire | Marie-Guillemine Benoist Portrait d’une femme noire | Marie-Guillemine Benoist

Le saviez-vous ?

Pas content, pas content !
Où l'on découvre un peintre adepte des messages imagés.

“Toutes les bonnes idées que j'ai eues me sont venues alors que je trayais une vache.”
Grant Wood



1931, États-Unis. Le pays est en proie à la Grande Dépression, une crise économique sans précédent. À cette même époque, Grant Wood, artiste du mouvement régionaliste, peint avec ferveur une Amérique rurale idéalisée. C'est donc tout naturellement vers lui qu'on se tourne pour rendre hommage au Président Herbert Hoover, né dans un petit village de l'Iowa. Mais, à y regarder de plus près, le résultat n'est pas si bucolique qu’il n’y paraît...

En effet, bien que fidèle à ses paysages verdoyants et idylliques, Wood profite de la commande pour glisser un message au chef d'État. Malin, il y dissémine de petits indices ici et là. La crise qui secoue le pays est par exemple abordée très subtilement : le village est inhabituellement inanimé, à l'exception de deux fermiers sur la gauche. On devine à leurs tenues un état de pauvreté avancé.

Au centre du tableau, un personnage en costume nous pointe du doigt la fameuse maison d'enfance du Président. Mais, petit détail qui a son importance, un panneau indiquant "Hoover" apparaît discrètement dans son dos. Le peintre fait ainsi allusion aux nouveaux propriétaires du cabanon qui, profitant de la renommée de Hoover, l'ont transformé en site touristique payant. Une situation qui embarrasse énormément notre Président. Sans compter que la mise en scène est tout sauf flatteuse : pompe à eau, enclos à poules de fortune… il y a même encore du linge à sécher sur l'étendoir ! Tout est là pour nous rappeler les origines modestes de l'homme d'État.

Des racines qu'on lui reproche, justement, de trop souvent oublier en temps de crise. Voilà donc le message que Wood, proche du monde agricole, souhaiterait lui faire passer. Bien qu'il s'en défende, sa peinture en apparence innocente serait ainsi loin de l'être... Et le Président en personne ne s'y trompe puisqu'il fera renvoyer illico le cadeau. Message reçu !

Mars 2022

Sougwen Chung

Parfaitement imparfaite

Ce mois-ci vous avez renc’art avec Sougwen Chung !
Rendez-vous avec l’avenir au côté de cette artiste et de son bras mécanique : D.O.U.G.

Une collaboration déconcertante entre intelligence artificielle et réelle, artiste et machine qui redessine les frontières de l’art pour offrir une œuvre poétique. La magie opère…

Portrait d’une femme noire | Marie-Guillemine Benoist Portrait d’une femme noire | Marie-Guillemine Benoist

Le saviez-vous ?

Parfaitement imparfait

“Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.”
Anatole France



2015, New York. L’artiste Sougwen Chung est en pleine performance sous les yeux attentifs du public. Mais alors qu'elle commence à dessiner avec Doug, son nouveau collaborateur, tout ne se passe pas comme prévu… Doug n’en fait qu’à sa tête !

Enfin sa tête… plutôt son bras mécanique ! D.O.U.G. est en fait un robot conçu et codé par l’artiste. Eh oui, notre talentueuse peintre se passionne également pour l’intelligence artificielle : ces techniques qui permettent de programmer des machines afin qu’elles reproduisent une forme d’intelligence réelle.

Mais revenons à notre D.O.U.G. : son bras mécanique, armé d’un feutre, doit reproduire trait pour trait le dessin que Chung vient de tracer sur la toile. Une fois en action cependant, D.O.U.G. glisse sur le papier, vacille, tressaute… Bref, la reproduction est loin d’être exacte !

D’abord déstabilisée, Chung finit par trouver ces petites improvisations très inspirantes. La jeune femme se lance ensuite dans un travail titanesque. Pendant des mois, elle scanne ses dessins des vingt dernières années. Le but ? Alimenter le programme de son nouveau D.O.U.G... Ainsi, après avoir mémorisé tout son travail, le robot peut répondre au geste de la dessinatrice de manière inattendue, mais toujours en cohérence avec son style.

Et avec D.O.U.G._2, la magie opère : artiste et robot dessinent tour à tour, chacun répondant à l’action de l’autre, dans un mouvement proche d’une danse. Le résultat : des lignes, des points et des ombres donnant naissance à des formes poétiques.

L’artiste ne s’arrête pas là, c’est aujourd’hui avec une vingtaine de robots qu’elle collabore pour créer ses œuvres ! Tout ça grâce à un dysfonctionnement de départ… Comme le dit Chung, ce sont même ces "erreurs qui ont rendu le travail plus intéressant". Merci D.O.U.G. !

Février 2022

Marie-Guillemine Benoist

Portrait d'une femme noire

Ce mois-ci, vous avez renc’art avec Marie-Guillemine Benoist !
Rendez-vous en l’année 1800, au cœur de Paris, dans le cadre de son œuvre : Portrait d’une femme noire.

Seulement 6 ans après l’abolition de l’esclavage en France, la peintre néoclassique décide d’exposer le portrait de Madeleine, ancienne esclave, au prestigieux salon Parisien de Peinture et Sculpture.

Rembrandt – L’éléphant (Albertina) Rembrandt – L’éléphant (Albertina)

Le saviez-vous ?

Où l’on fait la révolution à coups de pinceaux.

“Il faut que la peinture serve à autre chose qu'à la peinture.”
Henri Matisse



1800, au Louvre. Le Tout-Paris se presse au prestigieux Salon de peinture et de sculpture, où des artistes exposent leurs dernières œuvres. Un environnement plutôt guindé et conventionnel, mais parfois, un miracle se produit, et l'on découvre quelque chose qui sort vraiment de l'ordinaire...

Cette année-là, c’est une toile de Marie-Guillemine Benoist qui crée la surprise. Il s’agit du portrait de Madeleine, une ancienne esclave qui travaille à présent pour le beau-frère de la peintre.

Ce qui étonne la critique ? Qu’une femme de couleur soit le seul et unique sujet de ce magnifique tableau, six ans seulement après la première abolition de l’esclavage en France. D’autant plus qu’elle y est représentée loin des clichés racistes de son temps : sa pose ressemble à celle des femmes de la haute société dans les portraits de l’époque.

Une œuvre pleine de dignité, mais aussi de symboles cachés ! Le blanc du drapé, le rouge de la ceinture, et le bleu du tissu sur le fauteuil, ne sont autres qu’une évocation des couleurs de la République… Celle-là même qui a aboli l’esclavage quelques années plus tôt. Un détail qui a son importance, puisque le tableau s'est glissé dans une courte fenêtre qui venait de s'ouvrir pour très vite se refermer : l’esclavage sera rétabli entre 1802 et 1848.

Quant au sein nu de Madeleine, il pourrait représenter sa condition de nourrice, ou un clin d’œil aux toiles de Raphaël, peintre phare de la Renaissance italienne. Benoist n’a cependant laissé aucune note sur son intention avec ce tableau, ce qui laisse la part belle à l’interprétation.

En tout cas, une chose est sûre : si cette œuvre est si commentée et appréciée, à l’époque comme aujourd’hui, c’est avant tout en raison de sa très, très grande qualité. Comme quoi, révolution et succès peuvent faire bon ménage !

Octobre 2021

Pierre-Auguste Renoir

La lecture

Ce mois-ci cher Framers, vous avez Renc’art avec deux sœurs qui ont beaucoup inspiré le peintre Renoir.

C’est toute l’innocence de la jeunesse que nous transmet l’artiste à travers la concentration qui émane de ces jeunes filles, réunies autour d’une lecture commune.

Renoir - La lecture Renoir - La lecture

Le saviez-vous ?

Une affaire de famille
Où l’on rencontre les muses de l’Impressionnisme.

“Un matin, l'un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l'impressionnisme était né.”
Pierre-Auguste Renoir

1890, Paris. Pierre-Auguste Renoir apporte la touche finale à une scène bourgeoise. On assiste à un moment de lecture plein de candeur et de tendresse, dans un confortable appartement parisien. Et si ces émotions passent si bien à travers les pinceaux du peintre impressionniste, c’est qu’il connaît personnellement les deux petites lectrices.

Renoir est d’origine modeste, mais comme tous les peintres, il vend ses toiles à de riches collectionneurs. Henry Lerolle, le père des deux jeunes filles est l’un de ses clients… mais surtout, il est peintre lui aussi. Alors les deux hommes se sont pris d’amitié.

C’est ainsi que Renoir voit grandir les petites Christine et Yvonne Lerolle. Et il n’est pas le seul artiste qu’elles côtoient, loin de là ! Dès leur plus jeune âge, elles voient défiler dans le salon familial des peintres comme Edgar Degas ou Maurice Denis, mais aussi des écrivains ou des musiciens de renom. Elles jouent au piano avec Claude Debussy par exemple, rien que ça ! Les deux sœurs, pleines de vie et de lumière, deviennent une source d’inspiration pour tous ces artistes.

Renoir les peint d’ailleurs à nouveau dans les Jeunes filles au piano. Cette toile a une importance capitale pour l’artiste, puisque l’État l’acquiert en 1892. Cet achat officiel assied la reconnaissance du peintre. Une exception pour les impressionnistes, qui ont hélas bien du mal à faire entrer leurs œuvres dans les musées français.

Heureusement, les collectionneurs privés ont su compenser l’absence de commandes officielles, puis se sont montrés généreux en léguant leurs acquisitions à l’État. C’est ainsi que les visages des sœurs Lerolle illuminent aujourd’hui les salles de prestigieux musées … Quelles femmes inspirantes !

Septembre 2021

Rembrandt

L'éléphant

Ce mois-ci, vous avez renc’art avec l’un des plus célèbres artistes de l’histoire de la peinture, Rembrandt.

Grâce à sa rencontre avec le pachyderme le plus populaire d’Europe, Rembrandt marqua l’histoire naturelle entière, grâce à un croquis détaillé.

Rembrandt – L’éléphant (Albertina) Rembrandt – L’éléphant (Albertina)

Le saviez-vous ?

Un talent sans fin !
Où l'on découvre un artiste aux multiples facettes.

“L'éléphant meurt, mais ses défenses demeurent.”,
Proverbe africain



1633, Amsterdam. À la demande d'un puissant homme d'État néerlandais, une éléphante du nom d'Hansken est dépêchée tout droit du Sri Lankra. À l'époque, c'est le seul éléphant d'Europe et une sacrée curiosité ! L'animal devient une vraie célébrité et croise la route de nombreux artistes, fascinés par son immense silhouette. Et la rencontre avec l'un d'eux marquera l'histoire…naturelle.

Quelques années après son arrivée, Hansken est revendue à un particulier. Ce dernier, malin, a rapidement flairé le bon filon et apprend à la bête tout un tas de petits tours. L'éléphant sait par exemple tirer au pistolet ou se mettre un chapeau sur la tête. Devenues une attraction touristique, les apparitions du pachyderme attirent un large public. L'animal et son maître enchaînent les voyages et les représentations pendant de longues années. lls font alors la connaissance du célèbre peintre Rembrandt, qui profite de la venue de l'éléphant à Amsterdam pour en faire un croquis très détaillé au fusain. Immortalisée par l’artiste que l'on ne présente plus, Hansken rentre ainsi dans la postérité. Mais l'histoire ne s'arrête pas là…

En effet, des siècles plus tard, un groupe de scientifiques se lance à la recherche du tout premier éléphant d'Asie décrit par un naturaliste au 17ème. Et le squelette qu'ils découvrent n'est autre que celui d'Hansken ! Résultat : l'éléphante est officiellement ce que l’on appelle le "lectotype", soit "l'individu type" des éléphants d'Asie. Un peu comme un mode d'emploi, mais avec quatre pattes et des défenses ! Le dessin de Rembrandt, par sa primauté et l’exactitude de ses traits, devient donc, par ricochet, une première représentation scientifique du spécimen. Sans le savoir, et comme si sa renommée mondiale ne suffisait pas, Rembrandt a aujourd’hui le statut d’artiste d’histoire naturelle.

Août 2021

Anuar Patjane Floriuk

Tornado

Ce mois-ci, vous avez renc’art au Mexique avec Anuar Patjane Floriuk, un photographe engagé qui n’a pas peur de se mouiller.

Révolté par les mesures inefficaces prises par certains gouvernements à l’encontre de la pêche intensive, il décide de se jeter à l’eau et de tirer le portrait de la faune sous-marine et de son environnement naturel, que l’homme détruit activement.

Anuar Patjane Floriuk - Tornado Anuar Patjane Floriuk - Tornado

Le saviez-vous ?

Mayday, mayday !
Où l’on découvre un artiste engagé qui n’a pas peur de se jeter à l’eau.

"La bonne photographie, avec la bonne histoire, peut changer les choses.”
Anuar Patjane Floriuk



2012, Mexique. Le photographe sous-marin Anuar Patjane Floriuk est révolté. Alors que la pêche intensive met fortement en péril les fonds marins, certains gouvernements continuent de faire la sourde oreille. Résultat, l’incroyable biodiversité des océans s’appauvrit à vue d’œil. À vue d’œil ? Pas exactement…

Car le problème avec ce dépeuplement des eaux, se dit Floriuk, c’est qu’il est imperceptible pour le grand public ! Déterminé à faire réagir, le photographe plonge alors dans les eaux profondes pour y tirer le portrait de ses habitants. Ses clichés en noir et blanc capturent les gracieux ballets de dauphins et de marsouins… mais aussi des scènes moins idylliques ! Comme cette baleine s’efforçant de protéger son petit contre l’attaque de deux orques menaçantes. Eh oui, l’artiste nous livre la vie marine sauvage telle qu’elle est : belle et cruelle à la fois.

Si ses photographies mettent à l’honneur la faune sous-marine, Floriuk n’efface pas pour autant toute trace de présence humaine. Des plongeurs font ainsi leur apparition sur certains clichés, et leurs silhouettes semblent bien frêles face à l’immensité des océans ! Un rappel subtil de la place de l’homme sur notre planète bleue.
Avec ce projet, le Mexicain souhaite ouvrir les yeux sur la beauté d’un monde peut-être invisible, mais réellement en danger. Et cela ne passe pas inaperçu. Pour preuve, l’artiste remporte le concours du National Geographic Traveler en 2015, et en 2016 le second prix du World Press Photo. Surtout, ses clichés sont ensuite repris par diverses initiatives de sensibilisation à la conservation des océans.
Une œuvre qui vaut mille mots !

Juillet 2021

Jan Brueghel l'ancien

Le Jardin d'Eden avec Adam et Eve

Ce mois-ci, le peintre flamand Jan Brueghel l’Ancien vous donne Renc’Art dans un Jardin d’Eden qui foisonne de vie. Si l’harmonie et la camaraderie règnent en maître sur l’ensemble du tableau, la réalisation de celui-ci est également le fruit d’une grande amitié. Après tout, qui de mieux qu’un ami lorsqu’on a besoin d’un coup de main ?

Jan Brueghel l'ancien - Le Jardin d'Eden avec Adam et Eve Jan Brueghel l'ancien - Le Jardin d'Eden avec Adam et Eve

Le saviez-vous ?

Besoin d'un coup de main ?

Où l'on choisit l'appel à un ami.
« Deux sûretés valent mieux qu'une. », Jean de La Fontaine



XVIIe siècle, à Anvers. Le peintre Jan Brueghel l’ancien commence la réalisation d’un tableau représentant Adam et Eve au milieu du jardin d’Eden. Et pas question pour l'artiste de lésiner sur les détails : il se lance dans un jardin luxuriant à souhait, peuplé de ses nombreux animaux. En revanche, pour ce qui est de peindre le couple en plein péché originel, c'est une autre paire de manches… littéralement.

Car pour cette partie, Brueghel décide de faire appel à un autre artiste. En effet, avec les années, le peintre s'est spécialisé dans les minutieuses peintures animalières et florales. L'anatomie humaine n'est donc pas vraiment son domaine de prédilection. Et pour le choix de son acolyte, il n'a pas à chercher bien loin ! À cette époque, un seul autre peintre règne en maître sur Anvers : Rubens. Ce dernier est particulièrement réputé pour ses portraits et grandes toiles bibliques ou mythologiques. À chacun sa spécialité, les deux artistes croulent sous les commandes, sans jamais se marcher sur les pieds.

Brueghel et Rubens sont d'ailleurs très bons amis, mais aussi partenaires. Eh oui, ils réalisent régulièrement des œuvres ensemble, mettant ainsi à profit leurs talents complémentaires. Les deux compères ont même leurs petites habitudes : Brueghel peint toujours le paysage ou les encadrements de fleurs tandis que Rubens s’occupe invariablement des figures humaines.

Le duo a une vingtaine de toiles à son actif, mais une se démarque tout particulièrement : Le Jardin d’Eden avec Adam et Eve. Pourquoi ? Regardez attentivement le bas du tableau, entre les pattes des volatiles bleus et à gauche des somptueuses plumes de paons, vous apercevrez les signatures des deux amis. C'est la seule œuvre qu'ils marqueront de leurs deux noms, à jamais liés au paradis.

Juin 2021

Tommy Clarke

Paysage Volant Non Identifié

Ce mois-ci, vous avez Renc’Art entre terre et mer. Là-haut, en plein ciel, Tommy Clarke nous offre un jeu de perspectives dont il a le secret. Fidèle à son habitude, le photographe anglais s’amuse à brouiller les pistes, pour nous embarquer dans un univers à la fois inconnu et terriblement familier. Bien que déroutant, ce saut créatif promet un dépaysement de haute volée, propice à un vertigineux lâcher prise…

Tommy Clark - Paysage Non Identifié Tommy Clark - Paysage Non Identifié

Le saviez-vous ?

Où l'on rencontre un photographe qui ne manque pas d'air.

"Nul n’emporte avec soi une serviette, un charriot ou un maillot de couleur beige à la plage.
L’on n’y porte que les couleurs les plus bigarrées.", Tommy Clarke



Le photographe anglais Tommy Clarke embarque à bord d’un hélicoptère. Mais alors que le pilote décolle, quelque chose semble clocher… Les portes de l’engin sont tout bonnement inexistantes. Quant à Clarke, il se penche illico presto dans le vide, armé de son appareil photo. Loin d’être stressé, l'artiste est même un habitué de ce manège aérien !

Ce plongeon en haute altitude offre en effet à Clarke ce qu'il appelle une vue “Google Earth”. Un nom emprunté au fameux logiciel qui permet de parcourir en ligne de nombreuses images de la terre "vue du ciel". C’est d’ailleurs en se baladant dessus que le photographe choisit ses futurs lieux de shootings.

Avant chaque nouvelle séance photo, l’Anglais explore ainsi virtuellement la planète à la recherche de littoraux. Mais attention, pas n'importe lesquels ! Car oui, Clarke a des critères bien précis. Il veut avant tout des plages dont les contours s’effacent avec l'altitude, créant alors un superbe jeu de couleurs, de formes et de matières. Finalement, moins le paysage ressemble à ce que l'on connaît, plus le photographe est satisfait. Et l'artiste ne s'en cache pas : il adore ces quelques secondes de confusion que ses photographies provoquent. Celles juste avant que le cerveau ne reprenne le dessus et réassemble les pièces de ces puzzles abstraits. Avec ses œuvres déboussolantes, Clarke nous fait, à notre tour, prendre de la hauteur.

Mai 2021

Pedro Jarque Krebs

Ebony and Ivory

Ce mois-ci, vous avez Renc’Art avec le portrait attendrissant de Ebony et Ivory à travers l’objectif expert du photographe péruvien Pedro Jarque. Amoureux des animaux et de photographie dite « studio », il arrive à harmoniser ses deux passions pour créer un style à l’esthétique unique. Le fond noir laisse apparaitre de manière instantanée le caractère et l’élégance authentique de chaque espèce, mais aussi leur fragilité...

Pedro Jarque - Ebony and Ivory - Yellow Korner Pedro Jarque - Ebony and Ivory - Yellow Korner

Le saviez-vous ?

À vous les studios !
Où l'on rencontre un photographe philosophe.

“La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct dompté.” Sigmund Freud



Dans les années 1970, Pérou. Le tout jeune Pedro Jarque, passionné de photographie, se forme tout seul dans la pénombre des chambres noires. Mais quelques années plus tard, et bien qu’il maîtrise désormais parfaitement son appareil photo, le projet de ses rêves reste pourtant inaccessible…

À ses débuts, alors que le photographe travaille avec tout type de modèles, il se prend rapidement d'amour pour les animaux. Ces derniers sont plus spontanés et lui offrent une variété de sujets quasi infinie. Malgré tout, la photographie animalière comporte aussi son lot d'inconvénients ! Surtout quand, comme Jarque, on rêve d’un style "studio" à l'esthétique très épurée et au fond noir immaculé. Eh oui, même avec la meilleure des volontés, difficile de faire poser un immense éléphant dans un petit studio photo.

L'artiste ne désespère pourtant pas et garde l'idée dans un coin de sa tête. Et il fait bien ! Avec l'arrivée du digital, Jarque peut expérimenter d'autres méthodes de travail. À force de persévérance, et grâce à un jeu de lumière et d'ombres, il réussit à recréer lui-même ce fond noir "léché" si particulier. Ça y est, le Péruvien a trouvé sa patte et il peut enfin s'en donner à cœur joie !

Il enchaîne alors les voyages et les longues heures de travail, à observer ses modèles dans leur élément. Toujours fidèle à son style, il s’arrange pour isoler l'animal avec son objectif, comme s'ils étaient dans un studio photo… en plein air. Derrière cette persévérance se cache également une vraie volonté de se rapprocher du milieu sauvage. C'est pourquoi Jarque immortalise principalement des espèces appelées à disparaître dans les prochaines décennies. Une jolie façon de faire ouvrir les yeux sur la beauté d'un monde que l'on risque de perdre jour après jour…

Avril 2021

Werner Pawlok

House of Luisa Faxas

Ce mois-ci, le photographe allemand Werner Pawlok vous donne Renc’Art à Cuba dans la demeure de la riche famille Faxas. Le temps d’une photo, l’artiste nous invite à découvrir le destin de Luisa suite à la Révolution cubaine, ainsi qu’à parcourir les souvenirs et les fantômes qui habitent encore sa résidence malgré les effets du temps…

Werner Pawlok – House of Luisa Faxas Werner Pawlok – House of Luisa Faxas

Le saviez-vous ?

Paradis perdu
« La mémoire est reine du temps. » Proverbe cubain

Où l'on dépoussière les fantômes du passé.



Cuba, La Havane. Le photographe Werner Pawlok immortalise l’intérieur de la magistrale demeure de Luisa Faxas. Sol en marbre, plafond orné d’un immense chandelier…l’endroit est pour le moins luxueux ! Mais… seraient-ce des trous dans le toit ? Quant aux murs, ils semblent tomber en lambeaux.

C’est que cinquante ans plus tôt, en 1959, les richissimes Faxas sont séparés contre leur gré. Cette année-là, le président Batista vient d'être renversé, et la révolution cubaine bat son plein. Alors que Luisa est en vacances à Miami avec toute sa famille, son mari décède d'un arrêt cardiaque. Elle rentre alors seule, en urgence, pour rapatrier le corps à Cuba. Mais lorsqu'elle souhaite retrouver les siens après cette épreuve, les frontières lui sont définitivement fermées ! Avec le temps, les relations entre les deux pays ne font qu'empirer et Luisa doit se résoudre à ne plus quitter l'île. Ruinée et isolée, la Cubaine reste la seule occupante de l’habitation, bientôt laissée à l’abandon. Elle y séjournera jusqu'à la fin, aidée par quelques proches qui lui tiennent compagnie et lui apportent à manger.

Bien que l’endroit soit désert depuis sa mort en 1999, deux fauteuils au centre de la photo semblent encore attendre Luisa. Et c’est justement ces fantômes d’un ancien Cuba, paradis perdu, que souhaite capturer l'artiste dans sa série au nom explicite : “Cuba expired” (Cuba expiré). Grâce à ses clichés, Pawlok fait ressurgir des décombres toute une histoire, souvent oubliée. Un passé décadent côtoyant une grande misère, voilà le Cuba que nous dévoile avec poésie son objectif unique.

Mars 2021

Martin Parr

Cherry Blossom

Nous sommes à l’aube du nouveau millénaire, au pays du Soleil-Levant. C’est là que le photographe britannique Martin Parr nous donne rendez-vous, par une douce journée de printemps. Et nous invite dans le même élan à contempler les couleurs vives de milliers de fleurs de cerisier en pleine éclosion. Mais aussi à nous laisser surprendre, tant le photographe cultive la facétie sous toutes ses facettes…

Martin Parr - Cherry Blossom Tokyo Martin Parr - Cherry Blossom Tokyo

Le saviez-vous ?

Le temps des cerisiers
"J’aime créer une fiction à partir de la réalité." Martin Parr

Où l'on découvre un artiste tout en contraste.



2000, Tokyo. Le photographe Martin Parr est au Japon, pile pour la saison du printemps. C’est le moment idéal pour admirer l’éclosion des fleurs de cerisier. Un sujet parfait pour cet amoureux des couleurs vives ! Mais l’anglais à l’humour grinçant ne peut s’empêcher d’y ajouter sa petite touche personnelle…

En arpentant la ville, Parr commence une série de photos mettant en scène, sur chacune d'elles, ces fameuses fleurs de cerisier. Seulement, sur la majorité de ses clichés, il s'amuse à troquer les délicats cerisiers en fleurs contre leurs pastiches en plastique et tissu. Ces derniers ont en effet envahi Tokyo pour décorer les rues et les commerces. La toute première photo "Cherry blossom" mélange même fleurs artificielles, au premier plan, et vraies fleurs de cerisier
en fond. Et l'illusion est totale !

Mais quel message essaie donc de faire passer le facétieux photographe ? C'est en fait un Japon tout en contraste que Parr nous invite à découvrir. Bien que très attaché à ses traditions, le pays se modernise à pas de géant. Plus on avance dans la série de Parr, plus l'ultramoderne prend le dessus : viande en conserve, nouvelles technologies, bijoux fantaisistes… Eh oui, alors que les lecteurs CD et jeux vidéo s'emparent des vitrines, la nature, elle, se fait de plus en plus lointaine. Par ce petit jeu de dupe, Parr immortalise une société en pleine mutation. Et quand on demande à l'artiste si ses photos sont tristes ou drôles, il répond "Les deux à la fois !".

Janvier 2021

Paul Cézanne

Château noir et Mont Sainte-Victoire

Aujourd’hui, prenez de la hauteur avec l’œuvre du mois, Château Noir et Mont Sainte-Victoire de Paul Cézanne. Cette montagne du sud de la France est une véritable muse pour le peintre. Et c’est peu de le dire : il lui dédia, tout au long de sa carrière, plus de 80 œuvres. Et si au départ elle n’était qu’un élément du décor, elle devint petit à petit le sujet principal de ses toiles. Cette passion vient des sentiments que cette montagne fait naître en lui, avec ses couleurs changeant à l’infini. Jonglant entre différents styles, l’artiste tentera, en vain, de réaliser la représentation parfaite.

Paul Cézanne - Château noir et Mont Sainte-Victoire - Albertina Paul Cézanne - Château noir et Mont Sainte-Victoire - Albertina

Le saviez-vous ?

Mon roc !
"Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire"
Paul Cézanne

Où l'on en fait une montagne.



Pendant près qu’un quart de siècle, le peintre Paul Cézanne consacre l'essentiel de son art à son modèle favori. Qui est donc cette mystérieuse muse à qui l’on doit plus de 80 œuvres de l’artiste ?

La montagne Sainte-Victoire, située dans le sud de la France d'où le peintre est originaire ! Bien qu'elle le fascine depuis tout petit, Cézanne n'ose pas tout de suite s'attaquer au majestueux massif. Ainsi, Sainte-Victoire fait d'abord quelques furtives apparitions dans le paysage de ses toiles. Ce n'est que plus tard, au début des années 1880, que l'artiste décide d'en faire son sujet principal. Mais son motif unique rend la tâche très ardue. En effet, les variations colorées de la montagne se révèlent rapidement infinies : ses couleurs changent quasiment d'une heure à l'autre. Cézanne, émerveillé, cherche à tout prix à transmettre en peinture les sentiments qui l'animent.

Il jongle alors entre l'aquarelle et l'huile, teste différents points de vue et passe d'un style de peinture à l'autre… Mais rien n'y fait, il n'est jamais entièrement satisfait ! Cela frôle d'ailleurs l’obsession, à en croire son ami de toujours Émile Zola. Le peintre finira même par installer ses ustensiles dans un cabanon, directement au pied de sa montagne fétiche.

Pendant les dix dernières années de sa vie, le refuge fait office d'atelier à ciel ouvert. Jusqu'à ce qu'un soir, lors d'un violent orage, Cézanne s'entête à peindre dehors jusqu’à perdre connaissance. Quelques jours plus tard, c'est le pinceau à la main et le chevalet en direction de l'insaisissable muse qu'il succombera des suites de son malaise.

Décembre 2020

Dante Gabriel Rossetti

Beata Beatrix

« Une œuvre, ce n’est jamais tout noir ou tout blanc… »

L’admiration peut parfois virer à l’obsession et Dante Gabriel Rosseti en est la preuve. Le peintre voue un véritable culte au poète italien Dante et cette fascination va s’accroître lorsqu’il vit une terrible tragédie : la perte de son épouse Elizabeth Siddal. Il va alors lui rendre un dernier hommage en peinture mais, étrangement, l’œuvre ne porte pas son nom mais celui de l’amour maudit du poète, Béatrice.

Cependant, bien que plusieurs éléments de l’œuvre rappellent cet idylle, c’est tout de même sous les traits de sa bien-aimée qu’il représente la fameuse Béatrice, sous le regard du peintre amoureux, situé au fond du tableau. Si un amour peut en cacher un autre, une œuvre quant à elle peut avoir de multiples significations, et rien ne peut être tout noir, ou tout blanc.

Dante Gabriel Rossetti - Beata Beatrix - Tate Museum Dante Gabriel Rossetti - Beata Beatrix - Tate Museum

Le saviez-vous ?

Où l’on découvre une œuvre dantesque.

“L’art ne vit pas de sessions, mais d’obsessions.” Stanislaw Jerzy Lec



Depuis toujours, le peintre anglais Rossetti ne jure que par son idole, le poète italien Dante. Une passion héritée de son père qui le baptise alors "Gabriel Charles Dante" en hommage à l’écrivain. Avec le temps, la fascination de l’artiste pour Dante va flirter avec l’obsession…

C’est d’ailleurs sous le nom de Dante Gabriel Rossetti que l’artiste est largement connu. Afin de se rapprocher de celui qu’il admire tant, le peintre a tout bonnement changé l’ordre de ses prénoms. Mais c’est réellement à la mort de sa compagne que ce culte pour Dante va atteindre des sommets !

En 1962, Rossetti vit une vraie tragédie. Sa femme Elizabeth Siddal vient de décéder d’une overdose après avoir perdu leur enfant. Fou de chagrin, Rossetti s’empare de ses pinceaux pour rendre un dernier hommage à sa bien-aimée. Mais ses proches doivent attendre des années avant de pouvoir découvrir le résultat : la superbe œuvre "Beata Beatrix".

Elle représente une Béatrice en pleine extase… Béatrice ? L’amour maudit du poète Dante. Eh oui, même lorsqu’il fait des adieux émouvants à sa femme, le peintre ne peut s’empêcher de se comparer à son idole. Et la référence à Dante va plus loin qu’un simple nom. En effet, le cadran solaire peint à droite indique le chiffre neuf, heure à laquelle serait décédée la fameuse Béatrice. Et Elizabeth dans tout ça ? C’est tout de même ses traits délicats que l’on retrouve dans ce portrait. On peut également apercevoir Rossetti, dans le fond, regardant l’Amour symbolisé par un ange. Une véritable déclaration d’amour, donc, mais qui semble avoir plusieurs destinataires !

Novembre 2020

Georges Seurat

Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte

Faites un bond dans le temps et revivez une après-midi sur l’île de la Grande Jatte au 19ème siècle. Grâce à cette œuvre empreinte de fraîcheur, Georges Seurat nous embarque dans un moment de pur délice où une poignée de Parisiens se délecte des plaisirs de ce lieu verdoyant, aux abords de la Seine.

Nous pourrions passer des heures à observer chaque personnage de cette scène tant il y a de détails à découvrir. Nous vous laissons vous mêler à la foule et faire la connaissance de ceux qui sont nés par la main de l’inventeur du divisionnisme.

Georges Seurat - Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte - Old Masters 100 Georges Seurat - Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte - Old Masters 100

Le saviez-vous ?

Diviser pour mieux peindre.

Où l'on découvre un peintre qui met un point d'honneur à innover.

« Je peignais ainsi car j'avais envie de quelque chose de nouveau, d'un style de peinture qui soit à moi. », Georges Seurat



Haaa que l'on est bien sur l'île de la Grande Jatte ! Ce lieu verdoyant, très apprécié des Parisiens avides de fraîcheur, attire les foules en tout genre : rentiers à chapeaux et travailleurs au repos, militaires en goguette, sportifs du dimanche, familles et amoureux. C'est bien ce qu'illustre le peintre Georges Seurat avec ce tableau fourmillant de personnages. Chaque petit détail nous en apprend un peu plus sur leur histoire…

Prenons cet homme au premier plan qui fume sa pipe, allongé dans l'herbe. Au vu de ses vêtements, c'est très certainement un ouvrier profitant de son jour de repos pour se détendre au soleil. Quant à cette dame élégante, à quelques mètres derrière lui, c'est bien un singe qu'elle tient au bout de sa laisse. Tout semble donc indiquer une femme un peu excentrique. Mais un détail surprend : malgré leur proximité, aucun de ces personnages ne semble faire attention à son voisin. Même le trompettiste près de l'eau joue dans l'indifférence totale.

Comment expliquer cela ? Seurat a grandi en admirant les impressionnistes et leur utilisation innovante de la couleur. Rapidement, il souhaite aller encore plus loin. Il invente alors une technique de peinture jamais vue auparavant : le "divisionnisme". L'artiste divise en fait tout son tableau en petites touches de couleurs pures. Ainsi, lorsque l'on se rapproche de l'œuvre, on découvre une infinité de petits points ! Pour obtenir ce résultat, l'artiste peint des esquisses de chaque élément séparé du tableau afin de les décomposer en points de couleurs. Ils sont ensuite assemblés pour le tableau final : voilà pourquoi ils semblent tous isolés les uns des autres. C'est ce qu'on appelle être pointilleux !

Octobre 2020

Davide Quayola

Pleasant Places

Et si Vincent Van Gogh vivait à notre époque, quelle serait son œuvre ? C’est la question que Davide Quayola s’est posée. L’artiste italien s’est glissé dans la peau du célèbre peintre pour tenter de retranscrire son art d’une manière contemporaine. Pour lui rendre hommage, il a filmé les paysages de Provence tant appréciés par Van Gogh.

Et à force de mouvements, il parvient à reproduire les traînées épaisses, les effets tournoyants ou encore les masses de couleurs, caractéristiques de ces œuvres connues et reconnues. Et c’est un tableau abstrait composé de formes et de couleurs qui résulte du travail de l’artiste cinéaste. On s’y tromperait presque !

Découvrez Pleasant Places sans plus attendre.Et pour faire entrer la beauté dans le quotidien de tous, il créé alors de somptueux papiers peints ornés de fleurs ou de fruits. Des dizaines de modèles à l’image de Fruits, célébrant la nature et bien vite adoptés par les anglais !

Davide Quayola - Pleasant Places - Sedition Davide Quayola - Pleasant Places - Sedition

Le saviez-vous ?

Retour vers le futur.

Où l’on regarde Van Gogh avec un œil neuf (et numérique).

“Lorsqu’une œuvre semble en avance sur son époque, c’est simplement que son époque est en retard sur elle.” Jean Cocteau



Provence, 125 ans après Vincent Van Gogh (autrement dit, 2015). L’artiste italien Davide Quayola est sur les traces du fameux peintre. Face aux paysages devenus si célèbres sous les pinceaux de Van Gogh, il se demande comment lui rendre le meilleur des hommages…

Doit-il sortir une toile et une palette de couleurs, comme Vincent avant lui, et peindre ces cyprès qui se dressent au milieu des blés jaunis par l’été ? Il serait alors dans la droite ligne de Van Gogh, c’est sûr… Mais quel intérêt aurait ce genre de peinture ?

Imaginons que Van Gogh vive aujourd’hui, au début du XXIe siècle, peindrait-il vraiment des paysages ? Étant donné son acharnement à réinventer l’art de son époque, on peut plutôt parier qu’on le trouverait à la pointe des dernières recherches, donc du côté du numérique. C’est en tout cas ce que semble penser Quayola.

Avec une caméra très haute définition, il filme donc les paysages qu’aimait tellement Vincent, puis il les manipule avec un logiciel de retouche vidéo. S’appuyant sur les mouvements que le vent imprime aux arbres, Quayola laisse des traînées épaisses à chaque fois que les branches se déplacent. L’image est ainsi de plus en plus floue, et l’on commence à voir apparaître les effets tournoyants que Van Gogh donnait à ses touches de peinture.
Mais bientôt, le paysage devient presque illisible. Les arbres se sont changés en grosses masses vertes. Comme les artistes de la génération d’après Van Gogh l’ont fait avant lui, par exemple Mondrian, Quayola transforme le paysage en un tableau abstrait fait de formes et de couleurs. Décidément notre artiste vidéaste connaît ses classiques !

Septembre 2020

William Morris

Fruit or Pomegranate

Certes utiles, les nouvelles technologies qui nous simplifient tant la vie ne sont pas toujours des plus esthétiques… Ce n’était en tout cas pas le cas en 1851, lors de l’Exposition Universelle. C’est à cette occasion que William Morris, dépité par la laideur des machines présentées, décide que les foyers du monde entier ne seraient pas défigurés par des objets industriels.

Et pour faire entrer la beauté dans le quotidien de tous, il créé alors de somptueux papiers peints ornés de fleurs ou de fruits. Des dizaines de modèles à l’image de Fruits, célébrant la nature et bien vite adoptés par les anglais !

Wiliam Morris - Fruit or Pomegranate Wiliam Morris - Fruit or Pomegranate

Le saviez-vous ?

C’est moche !
Où l’on fait la rencontre d’un artiste qui fait le mur.

"N'aie rien chez toi que tu ne saches utiles ou que tu croies beau." William Morris



1851. C’est l’événement à Londres ! L’Exposition universelle rassemble des hommes et des femmes du monde entier. Chaque pays montre ses dernières créations : machines, nouveautés techniques, produits standardisés et fabriqués en usine... Tous les visiteurs sont émerveillés. Enfin presque, car l’artiste William Morris, est, lui, complètement dépité.

En effet, Morris trouve ces objets industriels très laids. En tant que membre du mouvement artistique britannique, Arts and Crafts (Arts et artisanats), il souhaite justement que la beauté entre dans le quotidien de tous. Il n’y a pas de raison pour que seuls les plus riches aient accès à l’art, quand les autres doivent se contenter de ces objets moches et standardisés !

William Morris a une idée brillante : pourquoi ne pas créer... de beaux papiers peints pour orner les murs de tous les foyers ? Voilà à quoi il s’attelle alors. Il crée des dizaines de modèles, à l’image de Fruit en 1865-1866. Ils sont tous ornés de fleurs ou de fruits, comme ces citrons et grenades. En plus de l’art, c’est la nature qui pénètre les intérieurs anglais !

Le succès est au rendez-vous : les papiers peints de Morris sont conseillés par tous les guides de décoration intérieure de l’époque. Et si leurs prix sont encore assez élevés en raison de leur production artisanale, ils lancent une nouvelle mode : de nombreux autres artistes se mettent au papier peint.

Aujourd’hui encore, les créations de Morris sont toujours proposées à la vente ! Et elles ont tellement marqué l’histoire de l’art et du design qu’on les retrouve aussi... dans les grands musées. Les citrons et les grenades de Fruit sont ainsi exposés à Londres et à New York.

Août 2020

Canaletto

Vue d'un jardin depuis une colonnade baroque

Aujourd’hui, faites un bond dans le temps pour découvrir les prémices de la photographie avec l’œuvre du mois ! Et c’est Canaletto qui mène la danse avec Vue à travers une colonnade baroque dans jardin. Pour reproduire cette scène avec autant de réalisme, l’artiste utilise un procédé tout à fait nouveau pour l’époque : une camera obscura.

Cette petite boîte fonctionnant comme une chambre noire lui permet de reproduire sur papier l’image qu’elle projette. Et ce n’est pas tout ! Loin de l’époque des logiciels de retouche, Canaletto pouvait d’ores et déjà modifier ses scènes en y ajoutant des éléments, comme ici avec les deux chiens et un personnage nous observant furtivement, bien qu’initialement absents de la scène.

Canaletto - Vue d'un jardin depuis une colonnade baroque Canaletto - Vue d'un jardin depuis une colonnade baroque

Le saviez-vous ?

Cheeeeese…
Où l’on découvre l'ancêtre des cartes postales.

"La réalité ne vous en apprendrait pas davantage, toute l'illusion est complète, Théophile Gautier, à propos d'une oeuvre de Canaletto."



18e siècle. Le peintre vénitien Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, est connu dans toute l’Europe pour ses vues de villes. Elles ressemblent à s’y méprendre à la réalité. Et pour cause, Canaletto a son petit secret…

Le peintre utilise en fait une camera obscura, l'ancêtre de l'appareil photo. À l'époque, de nombreux artistes ont recours à ce stratagème. Le principe ? Une petite boîte, percée d'un trou, qui fonctionne comme une chambre noire. Il suffit de la placer devant un paysage pour que celui-ci se reflète parfaitement sur le plan de travail placé à l'intérieur. Et hop, Canaletto n'a plus qu'à reproduire l'image sur papier. Afin de représenter fidèlement certains paysages ou bâtiments, l'artiste va même jusqu'à embarquer sa camera obscura sur l'eau.

Bien évidemment,le peintre ne se contente pas de recopier avec application les vues de Venise. Avant de s'intéresser aux diaporamas, Canaletto était spécialisé dans les peintures de décors telles que les trompe-l'oeil. Et cette maîtrise parfaite des perspectives va lui permettre de mettre en scène les bâtiments. L'artiste joue ainsi avec les ombres de l'un pour l'embellir ou rajoute de minuscules passants autour d'un autre pour le magnifier. Et ce n'est pas tout ! C'est également toute une vie urbaine que le peintre recrée dans ses oeuvres. Dans Vue à travers une colonnade baroque dans un jardin, Canaletto s'est par exemple amusé à ajouter deux chiens au premier plan et un personnage observant furtivement le spectateur à droite. Une petite touche personnelle que même les meilleurs appareils photo ne peuvent reproduire aujourd'hui !

Juillet 2020

Holyday

de James Tissot

Ce mois-ci, plongez dans la tranquillité d’une des scènes familiales de James Tissot. Le peintre nous embarque à Londres pour vivre un moment intime empreint de légèreté. Une œuvre d’ailleurs inhabituelle pour l’artiste qui avait jusqu’alors habitué le public à des portraits et scènes de la vie moderne. Mais tout cela, c’était avant de rencontrer sa muse, Kathleen Newton.

La belle va chambouler la vie de James Tissot qui prendra alors un nouveau tournant artistique. Sa chère et tendre apparaitra à présent dans chacun de ses tableaux, sous différentes formes et parfois de manière incongrue.

Holyday Holyday

Le saviez-vous ?

L’important, c’est la famille !
Où l’on apprend qu’à Londres tout n’est pas tout gris.

“Paix et tranquillité, voilà le bonheur.” Proverbe chinois



Milieu des années 1870, Londres. Le peintre James Tissot est fou amoureux de sa compagne Kathleen Newton. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis leur rencontre cela se ressent dans ses œuvres…

Kathleen devient très rapidement la muse du peintre. C’est d’ailleurs elle que l’on voit représentée à droite du tableau Holyday, profitant du luxueux jardin de James. L’œuvre peut sembler inhabituelle de la part du peintre, plutôt réputé pour ses portraits et scènes de la vie moderne. Ici tout est intime, familial et léger.

C’est que la vie du peintre a pris un nouveau tournant ! Alors que leur idylle ne fait que commencer, les deux tourtereaux ne se quittent déjà plus. Abandonnant soirées de la haute et réceptions, James passe désormais le plus clair de son temps en famille. Inspiré par son quotidien, l’artiste multiplie les peintures représentant ces moments familiaux idylliques.

Et lorsque l’artiste souhaite renouer avec d’autres genres de sujets, il ne se sépare pas pour autant de son modèle préféré. Bien au contraire ! James dissimule un peu partout dans ses œuvres la silhouette familière de Kathleen. Et pour ce faire, il use parfois d’un petit stratagème : la photographie. L'artiste fait ainsi poser sa compagne dans son jardin avant de la peindre telle qu’elle au milieu de représentations de scènes londoniennes. Le tout sans quitter ni sa villa… ni sa chère et tendre !
Et bien qu'après quelques années les critiques anglais éprouvent une certaine lassitude, Tissot, lui, n’a d’yeux que pour sa muse. On peut ainsi retrouver aujourd'hui les traits délicats de sa compagne adorée sur certaines des plus grandes œuvres de l’artiste.

Juin 2020

Les dames Cholmondeley

William Shakespeare disait « Tout ce qui se ressemble n’est pas identique ».

Une leçon que nous apprend par ailleurs notre œuvre du mois bien mystérieuse. Si à première vue Les dames Cholmondeley semblent se ressembler comme deux gouttes d’eau, ce n’est pas là le sujet du tableau. Ce dernier met en avant une tout autre singularité : ces deux femmes sont nées le même jour, se marièrent le même jour et ont donné naissance à un enfant le même jour. L’incertitude demeure cependant concernant le lien qui unit les sujets. Et si elles étaient jumelles ?

Faites-vous votre propre opinion !

Les dames Cholmondeley Les dames Cholmondeley

Le saviez-vous ?

Je vois double.
Où l'on rencontre deux mères bien mystérieuses

"Tout ce qui se ressemble n'est pas identique." De William Shakespeare

1955, à Londres. Un anonyme fait don au Tate Modern d'une peinture ancienne, en piètre état. À première vue, le sujet est bien mystérieux. Mais en observant l'œuvre de plus près, des indices apparaissent…

Le sujet mystère ? Deux mères, côte à côte dans un lit, fixant le spectateur et tenant chacune un bébé dans leurs bras. Voilà une mise en scène bien étonnante. Sans compter qu'elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau ! Leurs somptueuses tenues, incrustées de pierres précieuses, indiquent un rang élevé dans la société. Et elles permettent surtout de dater l'œuvre : elle aurait été peinte entre 1600 et 1610.

Un nouvel élément, en bas à gauche du tableau, nous éclaire, lui, un peu plus sur le sujet. On peut y lire, à la peinture dorée :
"Deux femmes de la famille Cholmondeley, nées le même jour, se marièrent le même jour et donnèrent, le même jour, naissance à un enfant."
L'œuvre aurait donc été peinte pour célébrer ces trois évènements singuliers ! Et si ces deux mamans sont nées le même jour, elles seraient donc des sœurs jumelles. Cela expliquerait leur ressemblance plus que troublante !

Énigme résolue ? Eh bien non ! En y regardant de plus près, les deux femmes ont les yeux de couleurs différentes : elles ne sont donc pas de vraies jumelles. Il est même impossible d'affirmer avec assurance qu'elles sont sœurs. Dans le doute, le tableau est donc sobrement nommé Les dames Cholmondeley. En attendant de percer, un jour, tous les mystères de nos deux jeunes mères…

Mai 2020

Blossom

Vincent Van Gogh

« Blossom » est avant tout une histoire d’amour fraternel. Celui que partage Vincent Van Gogh avec son frère Théo. Enchanté d’apprendre que ce dernier devient père, l’artiste a également la joie de découvrir qu’il sera le parrain de cet enfant, qui portera son prénom, Vincent.

Pour célébrer l’arrivée de son filleul, le peintre décide de marquer le coup avec une œuvre aux accents nippon, un art particulièrement apprécié par les deux frères. Inspiré par les estampes japonaises, Van Gogh donne à son tour naissance mais cette fois à un amandier en fleur, symbole de l’arrivée du printemps.

Blossom Blossom

Le saviez-vous ?

Je te fais une fleur.
Où l'on découvre que Van Gogh faisait des cadeaux maison.

"Il faut commencer par éprouver ce qu'on veut exprimer." Vincent Van Gogh

Le peintre Vincent Van Gogh est fou de joie. Il vient d'apprendre la naissance du fils de son frère, Théo. Et la bonne nouvelle ne s'arrête pas là. Théo lui demande en plus d'être le parrain du petit… Vincent !

Les jeunes parents ont nommé le nouveau-né en son honneur : "Nous lui avons donné ton nom et je fais le vœu qu’il soit aussi courageux et déterminé que toi." Il faut dire que les deux frères ont énormément d'amour l'un pour l'autre. En témoigne leur abondante correspondance de plus de 600 lettres !

Ému, le peintre décide de marquer le coup. Armé de ses pinceaux, il s'attelle illico à la confection d'un tableau digne de ce nom pour son filleul. À l’époque, les frères partagent un goût prononcé pour l'art nippon. Plus précisément pour les estampes, ces images populaires importées du Japon. Les deux passionnés les collectionnent en quantités ! Elles représentent souvent des végétaux aux contours fins se détachant sur un fond sobre. Fasciné par cette manière de représenter la nature, Van Gogh s'en inspire alors fortement pour son œuvre.

Il peint donc de délicates branches d’amandier en fleurs sur un large fond bleu ciel. Mais quel est le lien entre son Amandier en fleurs et le petit Vincent ? L'amandier est en fait le premier arbre fruitier à fleurir, dès la fin de l'hiver. Ses fleurs annoncent donc l'arrivée du printemps et symbolisent une nouvelle vie qui démarre. Un sujet qui tombe à pic pour célébrer une joyeuse naissance et un bel amour fraternel.

Avril 2020

Wind, Segue les pierres

Abbas Attar

Dans les années 80, Abbas Attar délaisse ses reportages qui ont forgé sa réputation et décide de ralentir le rythme. L’artiste parcourt le Mexique et romance son voyage à coup de photos à l’esthétique hautement travaillée. Sublimer le monde grâce au noir et blanc, voici la règle d’or du photographe.

Mais un de ses voyages remet tout en question. Devant un drap délicatement soulevé par la brise, il s’émerveille par les couleurs de la scène et s’accordera alors le droit de photographier de nouvelles tonalités éblouissantes…

À votre tour de rester bouche bée devant « Fenêtre sur couleurs » !

Wind, Segue les pierres Wind, Segue les pierres

Le saviez-vous ?

Fenêtre sur couleur.
Où l'on rencontre un photographe qui a le déclic.

« Le vrai secret du bonheur se trouve en prenant un véritable intérêt pour les détails de la vie quotidienne. » William Morris

Début des années 1980. Le photoreporter Abbas Attar présente ses derniers clichés à l'un des membres de l'illustre agence photographique Magnum. Le franco-iranien a désormais une solide réputation dans le milieu. C'est qu'il parcourt le monde à 100 à l'heure à l'affut d'évènements marquants : la guerre du Vietnam, la révolution iranienne… Rien ne lui fait peur ! Et pourtant, l'accueil qu'il reçoit n'est pas exactement celui qu'il espérait. Oui, ses photos sont intéressantes, lui dit-on, mais que fera-t-il quand d'autres jeunes reporters courront plus vite que lui ?

Heureusement, loin de le décourager, cette question fait son petit bonhomme de chemin. Abbas décide alors de ralentir le rythme et de partir explorer le Mexique. Pendant trois ans, il troque sa casquette de photojournaliste pour celle de photographe "romancier". Loin de l'urgence des reportages, il en profite pour peaufiner l'esthétique de ses photos. En revanche, l'artiste ne déroge pas à sa règle phare : le noir et blanc en toutes circonstances. Selon lui, la couleur distrait et empêche de se concentrer sur le message de la photo.

Oui, mais voilà, lors de ses voyages Abbas ne peut s'empêcher d'être ébloui par certaines scènes colorées. Aux oubliettes les règles ! Le photographe décide de s'autoriser la couleur. Mais attention, pas pour n'importe quelles photos. Abbas abandonne le noir et blanc uniquement pour les petits moments de vie qui n'ont aucun lien avec ses photoreportages. Comme un drap soulevé par le souffle d'une brise… Pour tout le reste, il continuera de poursuivre son but ultime : écrire - l'histoire- avec la lumière.

Janvier 2020

Les Meules

Claude Monet

En plein hiver, le petit village de Giverny en Normandie revêt son blanc manteau. Et dans les champs, une fois n’est pas coutume, les meules de foin immobiles accueillent des flocons au charme givré à la demande un peu spéciale d’un peintre entêté.

Il fallait de nouveaux décors à Monet pour parfaire sa série Les Meules. Les tas de foin allaient enfin connaître de nouvelles intempéries, autres que le soleil et le temps gris. Mais pour capturer l’instant parfait, il faut peindre vite. Très vite…

Les Meules Les Meules

Le saviez-vous ?

On se gèle !
Où l’on découvre comment peindre à la vitesse de la lumière.

« Monet, ce n’est qu’un œil, mais bon Dieu, quel œil ! » Paul Cézanne

1891, en début d'année. Les habitants du petit village de Giverny, en Normandie, assistent à une scène étrange. Le peintre Monet supplie le fermier du champ voisin de laisser ses grandes meules de foin passer l'hiver dehors. L'artiste arrive finalement à ses fins…

Mais pourquoi un tel entêtement ? À cette époque, Monet est en train de parfaire son procédé dit "des séries", qui consiste à peindre le même sujet à différents moments. L'idée lui est venue il y a plusieurs mois de cela, alors qu'il commence tout juste à peindre ses fameuses meules. À l'époque, l'artiste souhaite seulement représenter une version "temps gris" et une version "soleil" des tas de foin. Mais très vite, il découvre en fait une multitude d’éclairages nouveaux à capturer. Monet est alors complètement hypnotisé par son sujet qui, selon l’ensoleillement, se métamorphose sous ses yeux. Et parfois, l'effet ne dure que quelques minutes ! Le peintre s’escrime donc à aller aussi vite que la lumière.

Autant dire que ce n’est pas une mince affaire… Sans compter que, frustré par sa lenteur, le peintre gratte et détruit de nombreuses toiles. Monet passe ainsi de longs mois à immortaliser les meules, en toute heure et en toute saison. Et ce n'est pas l'hiver qui va l'arrêter ! Qu'il vente ou qu'il neige, l'artiste plante son chevalet dehors afin de saisir inlassablement ces quelques minutes de reflets du soleil sur la neige. Son acharnement sera vivement récompensé quelques mois plus tard. Lorsqu’il expose sa série des Meules, les quinze toiles s’arrachent comme des petits pains ! Après une course acharnée avec ses rayons, Monet gagne enfin sa place au soleil.

Décembre 2019

Animals

Wolf Ademeit

Retour à l’état sauvage avec la série Animals de Wolf Ademeit… ou presque ! Ce n’est pas dans leur habitat naturel mais bien dans un zoo que le photographe a décidé de choisir ses modèles. Et tout est une question de timing avec ces sujets imprévisibles qui ne sont pas toujours des plus coopératifs.

Après cinq ans et un travail de longue haleine, l’artiste finit par livrer cette magnifique série plus vraie que nature, sublimant la beauté des animaux derrière leurs barreaux. Aujourd’hui, appréciez l’élégante sensibilité de ce rhinocéros capturée par l’objectif assidu d’Ademeit.

Animals Animals

Le saviez-vous ?

Arrête de faire le singe !

Où l'on prend son temps.

Le photographe Wolf Ademeit, allongé par terre et l'œil rivé à son appareil, ne bouge pas d'un iota. À quelques mètres de lui, un lion entame tranquillement sa cinquième heure de sieste. Est-il en danger ? Pas le moins du monde, Ademeit est en fait dans un zoo.

Loin des photoreportages en milieux sauvages, l'artiste se concentre ainsi pleinement sur la beauté de la bête elle-même, et non sur son habitat naturel.

Un sacré programme !Mais le photographe réalise rapidement que ses modèles ne sont pas des plus coopératifs. Eh oui, contrairement aux humains, les animaux ne posent pas devant l’objectif. Sans compter que la plupart d'entre eux occupent en fait une grande partie de leur journée à… ne rien faire ! Le portraitiste passe donc des jours et des jours à les observer, à l'affut du moindre petit battement de cil.

Et une fois que l'animal s'animetout se joue à la seconde près. Car ce n'est pas n'importe quelle pose que souhaite immortaliser le photographe. Pendant ses longues périodes d'observation, Ademeit, fasciné, découvre une palette incroyable d'expressions chez ses sujets. Il assiste également à des scènes de tendresse inattendues entre les animaux. Et c'est cette intimité-là qu'il souhaite retranscrire dans ses portraits.

L'artiste met ainsi cinq ans à finalisersa série photo Animals. Le résultat ? Les lions, les singes et leurs voisins se dévoilent sous un angle nouveau, habituellement réservé aux êtres humains. Pari réussi donc, pour ce photographe qui, cliché après cliché, rend leur sublime à ces animaux vivant derrière les barreaux.

Octobre / Novembre 2019

Les Cosaques

Vassily Kandinsky

Après quinze ans d’effort, Vassily Kandinsky parvient finalement à réaliser ce qu’il considère comme sa première peinture sans sujet : Les cosaques. Et pourtant, on s’apercevra plus tard que son but n’est pas complètement atteint. On distingue des formes et des silhouettes représentant de véritables sujets : une terrible contradiction pour l’art abstrait. Mais en véritable autocritique, le peintre russe se livre à une fine analyse de son œuvre et cet essai n’est pour lui que le début d’une longue évolution de la peinture abstraite.

Les Cosaques Les Cosaques

Le saviez-vous ?

Trois petits cha…peaux.

Où l'on découvre un sujet qui fait débat.

"Créer une oeuvre, c’est créer un monde." Vassily Kandinsky

Vers 1911, le peintre russe Kandinsky est sur un petit nuage. Après une quinzaine d'années d'effort, il a enfin réalisé ce qu'il considère comme sa première peinture sans sujet : Les cosaques. Pourtant, quelques détails dans la toile et l'une de ses lettres plus récentes révèlent le contraire…

À la fin du 19e siècle, Kandinsky est frappé par une révélation : nul besoin de sujet ou d'éléments familiers pour émouvoir par la peinture. Selon lui, c'est là le rôle des couleurs et des formes. Et le peintre s'attelle alors à le prouver en créant des oeuvres s'éloignant autant que possible de la réalité. Le voilà lancé sur le chemin de ce qui s'appellera l'art abstrait ! Et c'est en achevant les cosaques que l'artiste pense enfin avoir atteint son but ultime. Mais il y a un hic… Le sujet, mis en évidence par le titre, est distinguable en bas à droite de la toile. Les trois petites tâches orange représentent en fait les chapeaux de cavaliers cosaques, armés de grandes lances verticales. Plus haut, on discerne également des silhouettes d'oiseau bleues dans un ciel fendu par un arc-en-ciel. Or toutes ces formes reconnaissables, l'idée qui guide l'art abstrait est justement de les éviter à tout prix !

Kandinsky aurait-il faux sur tout ? Loin de là ! Et c'est ce que l'on découvre dans une lettre de 1939. L'artiste, se confiant à un ami, procède sans détour à l'analyse de sa fameuse peinture. Il y révèle ainsi que l'oeuvre garde des traces d'objets concrets bien qu'elle donne une impression générale d'"abstraite". Un sacré sens de l'autocritique qui poussera le peintre à
faire constamment évoluer la peinture abstraite. Mais ça, c'est une autre histoire !

Août / Septembre 2019

La Maja nue

Francisco de Goya

Il y a des œuvres qui autrefois devaient se terrer dans l’ombre plutôt qu’être mis en lumière. C’est le cas de la Maja Nue de Francisco Goya. Alors que les nus étaient interdits au XIXème siècle, le peintre Francisco Goya reçoit une demande assez particulière d’un secrétaire d’État espagnol.

Ce dernier lui commande deux tableaux d’une même femme, une version vêtue et une nue, et ce afin d’intervertir les tableaux lorsqu’il avait de la visite.

La Maja nue La Maja nue

Le saviez-vous ?

Déshabillez-moi...
Où l’on apprend qu'il vaut parfois mieux rester couvert.

"Toute la peinture est dans les sacrifices et les partis pris". Francisco Goya

Début du XIXe siècle. Manuel Godoy, secrétaire d'État espagnol, s'apprête à recevoir chez lui. Il s'active alors à décrocher de l'un des murs l'imposante peinture d'une femme posant allongée. Tableau qu'il remplace illico par un second, aux mêmes dimensions, et représentant exactement le même modèle. Mais que fabrique-t-il ?

Les deux œuvres sont complètement similaires à un détail près, et non des moindres : sur l'un, la femme est nue, sur l'autre elle est habillée. C'est qu'à l'époque, les nus étaient totalement interdits par l’Église espagnole. Les seuls tolérés étaient ceux des grands maîtres comme Velázquez. Et même ces prestigieux artistes devaient redoubler d'ingéniosité pour dissimuler les attributs féminins de leurs sujets.

Mais Manuel Godoy n'est pas homme à se laisser dicter sa conduite. Il commande donc au peintre Francisco Goya un tableau représentant un nu. Goya s'exécute et n'y va pas de main morte ! Le modèle s'offre sans gêne au spectateur, montrant à la fois sa poitrine et son bas-ventre. Comble de la provocation : elle le fixe d'un regard provocant, qui semble à mi-chemin entre le reproche et l'invitation. Une œuvre plutôt difficile à assumer en public, même pour le téméraire secrétaire d'État.

Il a alors la bonne idée de commander une seconde version, présentant cette fois le modèle vêtu. L'Espagnol pouvait donc, selon les invités qu'il recevait, sortir la version vêtue... ou nue ! Un stratagème quasi infaillible, du moins jusqu'en 1815… Alors que Godoy est expulsé du pays, sa collection de tableaux est confisquée. La fameuse Maja nue est dévoilée et Goya est appelé à comparaître devant le tribunal de l'Inquisition. Le peintre n'écopera heureusement que d'un simple avertissement…

Juin / Juillet 2019

Jaipur

Yann Arthus-Bertrand

Après la nuit étoilée de Van Gogh, place à une nouvelle vue du ciel, cette fois-ci prise d’en haut par le grand Yann Arthus-Bertrand. C’est à Jaipur, en Inde, que le photographe capture les cotonnades séchant au soleil.

Le Rajasthan étant réputé depuis des siècles pour son artisanat de teinture d’impression sur coton et soie. Découvrez sans plus attendre cette œuvre empreinte de chaleur et de couleurs.

Jaipur Jaipur

Le saviez-vous ?

La tête dans les nuages
Où l'on apprend à prendre de la hauteur.

"Une photo parle tout de suite, il n’y a pas besoin d’explications, tout le monde comprend la même chose." Yann Arthus-Bertrand

En 1976, Yann Arthus-Bertrand a 30 ans lorsqu'il décide de tout plaquer et de quitter la France.

Après dix ans à la tête d'une réserve naturelle animalière, cet amoureux de la nature a la bougeotte. C'est qu'Arthus-Bertrand rêve depuis longtemps d'observer des animaux vivre en totale liberté. Le voilà donc parti avec sa femme, direction le Kenya !

Sur place, le projet du couple est simple mais ambitieux : étudier les lions dans leur habitat naturel. Pendant trois ans, ils vont donc suivre le quotidien d'une famille de félins du parc du Masai Mara. Arthus-Bertrand réalise rapidement que la photographie l'aide à illustrer des informations, souvent difficiles à retranscrire avec des mots. Petit à petit, le zoologiste se prend au jeu et ne lâche bientôt plus son appareil.

En parallèle, et pour arrondir les fins de mois, le Français organise des safaris dans la réserve naturelle. Lieu qu'il connaît désormais comme sa poche ! Il passe alors son brevet de pilote de montgolfière et fait survoler, chaque matin, l’immense territoire aux touristes.

L'œil collé à l'objectif, à plusieurs mètres du sol, le guide découvre une toute nouvelle facette de ce territoire, pourtant familier. Cette expérience le marque profondément. À tel point que, de retour en France, Arthus-Bertrand fonde la première agence de photographie aérienne au monde. Le photographe se lance alors dans de longues séries mettant en scène l'homme et la nature… vus d'en haut !

C'est ainsi qu'en 1999, son livre La Terre vue du ciel, recueil de portraits aériens de la planète, voit le jour. Et en quelques semaines, le livre passe de pari risqué à succès retentissant ! À ce jour, c'est plusieurs millions de copies qui se sont vendues à travers le monde…

Mai 2019

Les Ménines

Diego Vélasquez

Ce mois-ci, faites une rencontre royale avec Les Ménines de Vélasquez. Cette œuvre exposée au musée du Prado, en Espagne, cache bien son jeu. Contre toutes attentes, la princesse Marguerite-Thérèse et ses demoiselles d’honneur ne sont pas les modèles principaux du peintre. Sur la gauche, un des personnages se démarque… Découvrez sans plus attendre ce tableau aux multiples facettes.

Les Ménines Les Ménines

Le saviez-vous ?

C'est royal !
Où l'on découvre un peintre qui réfléchit beaucoup.

Vers 1656, Madrid. Velázquez, célèbre peintre du roi Philippe IV, achève une œuvre majeure : Les Ménines. À première vue, ce portrait de la princesse Marguerite-Thérèse et de ses demoiselles d'honneur (les fameuses ménines) est tout ce qu'il y a de plus classique. Mais sur la gauche, un des personnages se démarque…

C’est l'artiste lui-même, palette à la main, qui nous observe. C'est étrange : comment peut-il faire le portrait de l'enfant en étant à ses côtés ? Et surtout, sans même regarder dans la bonne direction ? Tout simplement parce la petite fille n'est pas le véritable modèle de Velázquez !

Le vrai sujet ? Les parents de la princesse, le roi et la reine, qu'on aperçoit dans le miroir accroché au fond de la pièce. Velázquez met en scène le point de vue des deux souverains, posant pour être peints, qui ont devant eux toute la suite de leur fille.

Mais un détail cloche. Le miroir est situé pile en face du spectateur, qu'il devrait logiquement refléter… Surprise, le couple royal, c'est nous ! Avec cette pirouette, le spectateur réel et les personnages peints ont en fait échangé leur rôle : pour la première fois, c’est la peinture qui nous regarde.

À l'époque, ce procédé est totalement innovant. Et il n'est possible que grâce à la parfaite maîtrise du peintre. Mais l’exploit ne s'arrête pas là. Par cette mise en abyme, Velázquez offre ses lettres de noblesse à l'art du portrait… et à lui-même. Puisqu’en changeant le point de vue, il en profite pour se représenter juste à côté de la famille royale !

Avril 2019

Chamonix

Jonas Bendiksen

Ce mois-ci, visez les sommets avec l’œuvre de Jonas Bendiksen, Chamonix. Originaire de Norvège, ce photojournaliste est un véritable passionné de ski. Amateurs de frissons et sports extrême, vous allez fondre devant ce cliché mettant en lumière la beauté hypnotique des montagnes.

Découvrez cette photographie en accédant à la galerie Magnum Photos depuis l’Art Store.

Chamonix Chamonix

Le saviez-vous ?

À toute épreuve ?
Où l’on découvre un appareil qui mérite sa première étoile.

"Bien souvent, les images les plus fortes, les plus convaincantes, surgissent de la face cachée, d’histoires parallèles, invisibles au radar." Jonas Bendiksen

En 2012, le fabricant Leica propose une mission originale au photographe Jonas Bendiksen. Il doit tester le petit dernier : un appareil photo extrêmement robuste et résistant. Mais pour prouver sa solidité, Bendiksen n’est pas homme à se satisfaire d’une simple utilisation en studio…

Il s’avère que le photojournaliste, originaire de Norvège, est un vrai fondu de ski. Ni une ni deux, il embarque l’engin à Chamonix afin de le tester dans le froid, l’altitude, l’humidité et… la vitesse. La parfaite combinaison des pires conditions de survie pour un appareil photo, selon l’artiste. Et comme si cela ne suffisait pas, il décide de le mettre à l’épreuve non pas sur des pistes classiques, mais en haute montagne ! Le voilà donc, boîtier et objectifs sur le dos, en pleine course poursuite avec des skieurs de l’extrême.

Pendant plus d’une semaine, Bendiksen ne s’arrête devant aucun obstacle ! Il reste parfois perché en altitude jusqu’au crépuscule pour capter un coucher de soleil. Et défi ultime, il escalade même certains sommets inaccessibles en véhicule. Le Norvégien a bien sûr pris ses précautions : il est armé d’un appareil de rechange. Mais celui-ci ne verra même pas l’ombre d’un flocon.

Non seulement, l’appareil testé s’en sort indemne, mais en plus Bendiksen revient avec une époustouflante série de photos : Chamonix Free Ride Skiing (hors-piste à Chamonix). Les clichés rendent parfaitement compte de l’intensité des sensations. D’ailleurs, l’artiste lui-même est impressionné et il ne les retouche quasiment pas. C’est ce qu’on appelle relever un défi haut la main !

Mars 2019

Sao Paulo Brazil

René Burii

Le monde entier a déjà vu cette icône de la photographie capturée en 1960 par le célèbre René Burri. Ce cliché en noir et blanc, illustre parfaitement la transformation historique qui s’opère dans la ville à ce moment. Chaperonné par Magnum photographie Burri capture São Paulo, au Brésil, de haut en bas jusqu’à ce cliché.

La photo montre quatre hommes d'affaires sur le toit d'un gratte-ciel et la rue principale animée. Une image saisissante qui exposait la métropole de São Paulo aux yeux du monde.

Découvrez cette photographie en accédant à la galerie Magnum Photos depuis l’Art Store.

Sao Paulo Brazil Sao Paulo Brazil

Le saviez-vous ?

C’est quoi l’objectif ?
Où l’on apprend à voler de ses propres ailes

"Tout le monde prend des photos. Alors vous devez avoir votre propre opinion."

Sao Paulo, 1960. Le photographe René Burri, membre de l’agence Magnum, est envoyé en Amérique du Sud par un magazine. La mission est simple : photographier des scènes de rue. Il se balade donc dans la ville, suivant sagement les instructions du journal. Mais sa propre vision des choses et sa curiosité prennent bientôt le dessus.

À cette époque, l’architecture moderne est partout et le photographe est fasciné par sa géométrie. De plus, Burri est un féru de hauteur, et on peut dire qu’il est servi dans cette capitale aux nombreux gratte-ciels ! C’est ainsi qu’il se retrouve à pousser la porte d’un immense building pour se diriger presque automatiquement vers l’ascenseur. Une fois au sommet, l’artiste demande à prendre une rapide photo de la vue.

Soudain, sur une terrasse en face, un groupe d’hommes surgit de nulle part. Ils semblent dominer la ville qui fourmille à leurs pieds. La composition de la photo est parfaite ! Mais il y a un hic… Cartier-Bresson, cofondateur de Magnum, n’autorise aux membres que certains types d’objectifs pour leurs appareils photos. Or Burri n’a aucun doute : c’est avec un des objectifs proscrits qu’il obtiendra l’effet voulu. Il décide de suivre son intuition, dégaine son appareil, et prend cinq clichés.

Une fois de retour à l’agence, le photographe dévoile son magistral Sao Polo Brazil à son mentor. Cartier-Bresson, impressionné, félicite vivement Burri avant de quitter la salle. Ce dernier lâche alors un cri de satisfaction. Cartier-Bresson revient sur ses pas, surpris : "C’était quoi ça ?". "Rien, rien" lui répond simplement Burri. Le fondateur ne saura jamais que son petit protégé a enfreint sa règle phare. Après ce cliché, Burri décide de désormais suivre son instinct plutôt que le règlement…

Février 2019

Le jardin des délices

Bosch

Avec son triptyque Le jardin des délices, Jérôme Bosch s’attaque à un sujet pour le moins considérable : l’histoire de l’Humanité, d’Adam et Ève jusqu’à la fin des temps. Rien que ça ! Les scènes de torture du panneau de droite, ayant pour thème les enfers, font froid dans le dos…Entre frisson et fantastique, découvrez le décryptage artistique des experts d’Artips.

Le jardin des délices Le jardin des délices

Le saviez-vous ?

C'est chouette

Où l’on découvre une prise de bec avec des ours.

Le peintre nourrissait une véritable obsession pour les chouettes et les hiboux. C’est presque mission impossible de trouver une œuvre de Bosch qui ne cache pas l’un de ces volatiles. Le Jardin des délices, lui, n’en compte pas moins de cinq. Les scènes de torture du panneau de droite, ayant pour thème les enfers, font froid dans le dos… L’une d’elles, particulièrement, dépeint un démon à tête de hibou, roi des enfers, qui dévore tout cru de pauvres hommes. Tout semble indiquer que Bosch ne porte pas le volatile dans son cœur.

Comment expliquer cette invasion à plumes ? Dans plusieurs de ses toiles, Bosch utilise la présence inquiétante du hibou pour avertir d’un danger imminent. Et pour cause, au XVe siècle cet oiseau de mauvais augure est associé à la mort voire au diable ! Par ailleurs, d’autres œuvres du peintre sont totalement dédiées à l’étude du volatile. Il semblerait qu’il ait tout simplement une affection particulière pour cet oiseau.

L’ours, en revanche, n’a pas cette chance. Pendu, poignardé, baladé dans les airs… Bosch lui en fait voir de toutes les couleurs ! À l’époque, ce mammifère au pelage noir, dressé sur ses pattes arrière, est considéré comme l’équivalent sauvage de l’homme. Un vrai amoureux des hiboux donc, mais un peu moins de ses semblables…

Janvier 2019

Kaboul Calling

Moises Saman

Pour Moises Saman, l’Afghanistan marque sa première confrontation à la guerre et à la souffrance. Une révélation pour le photographe qui, depuis, parcourt le monde en quête d’espoir au cœur des conflits.

C’est au lendemain des attentats du 11 septembre qu’il est envoyé en mission dans le nord du pays. Ignorant qu’il avait alors rendez-vous avec l’histoire, il se retrouve face à un affrontement sans répit qu’il immortalisera sous tous les angles. Il y capture un de ses célèbres clichés « Kaboul Calling », sur lequel on aperçoit un enfant couvrant ses yeux lors d’une tempête de sable dans le sud de Kandahar.

Kaboul Calling Kaboul Calling

Le saviez-vous ?

Nord de l’Afghanistan, au lendemain des attentats du 11 septembre. Le photographe Moises Saman est envoyé sur place pour une de ses premières missions. Le jeune-homme, à peine âgé de 27 ans, est alors tout excité à l’idée de se retrouver dans un décor digne du Seigneur des Anneaux. Il ne sait pas encore qu’il a rendez-vous avec l’Histoire…

À l’époque, les troupes américaines n’ont pas été envoyées sur place et les Talibans règnent en maitre sur presque tout l’Afghanistan. Rapidement, Moises rejoint un mouvement d’opposition appelé l’Alliance du Nord. Quelques semaines plus tard, ce sont les troupes de cette alliance qui envahissent Kaboul et repoussent les islamistes. Moises, l’appareil vissé à l’œil, immortalise l’affrontement qui se déroule sous ses yeux.

Il a alors le sentiment étrange que quelque chose d’important se passe, sans arriver à mettre le doigt dessus. C’est seulement plus tard, qu’il aura la confirmation qu’il photographiait l’un des plus grands événements de sa génération. En effet, le photographe est l’un des premiers témoins de la guerre en Afghanistan !

C’est à cette même époque que le jeune péruvien réalise que son travail a un but et qu’il implique une vraie responsabilité. Grâce à ses clichés, il fait découvrir l’Afghanistan, et une partie de son histoire, à tout un public qui n’en a jamais entendu parler. C’est une vraie révélation !

Cette première confrontation à la guerre et à la souffrance humaine le marquera d’ailleurs à vie. Accroché à sa caméra qu’il ne quitte plus, Moises parcourt depuis la planète à la recherche d’espoir au cœur des conflits.

Décembre 2018

Sous la vague au large de Kanagawa

Hokusai Katsushika

Un vent marin souffle dans votre salon lorsque votre téléviseur The Frame affiche l’œuvre de Hokusai Katsushika. Difficile de comprendre quel est le sujet principal de « La Vague ». Cette vague gigantesque, les marins qui luttent ou le Mont Fuji, montagne imperturbable et emblème sacré ?

Quoiqu’il en soit, cette synthèse de l’estampe japonaise traditionnelle et de la perspective occidentale valut un succès phénoménal au Japon puis en Europe au peintre japonais. Elle devint dès lors l’une des sources d’inspiration des impressionnistes et appartient à la série des Trente-six vues du Mont Fuji qu’Hokusai commence à l’âge de 70 ans.

Sous la vague au large de Kanagawa Sous la vague au large de Kanagawa

Le saviez-vous ?

À première vue, l’objet de cette œuvre est évident.

Il s’agit d’une gigantesque vague, occupant presque toute la composition, et menaçant d’engloutir une frêle embarcation. Mais à y regarder de plus près, le véritable sujet est ailleurs…

En observant attentivement cette œuvre de l’artiste japonais Hokusai, on remarque une toute petite montagne à l’arrière-plan. Eh oui, le voilà, le sujet ! C’est le mont Fuji, le point culminant du Japon adoré de ses habitants. Il est si populaire qu’Hokusai lui consacre toute une série d’estampes, un type d’œuvre gravée et imprimée. L’artiste imagine une trentaine de vues du mont observé sous différents angles, comme ici à l’arrière-plan d’une vague gigantesque.

Sa série des Trente-six vues du mont Fuji fait un carton ! Au point qu’elle est réimprimée des dizaines et des dizaines de fois. L’une des raisons de ce succès tient bien sûr à la ferveur entourant le mont Fuji. Mais il y a d’autres raisons…

Hokusai, alors âgé de 70 ans, mêle à son art typiquement japonais deux inventions occidentales qui vont plaire au public japonais. La première est la perspective mathématique. Voilà pourquoi la vague paraît si grande et, en comparaison, la montagne si lointaine !

La seconde invention n’est autre que ce fameux bleu profond et lumineux, généreusement utilisé par Hokusai et son imprimeur dans toute la série. Il s’agit du "Bleu de Prusse", une couleur chimique mise au point en Allemagne qui vient tout juste d’être importée au Japon. Contrairement aux pigments bleus naturels, le Bleu de Prusse a l’avantage d’être bon marché. Mieux : il résiste à la lumière et au temps. La preuve, près de deux siècles plus tard, la grande vague d’Hokusai est toujours aussi bleue !

Novembre 2018

Les Nymphéas

Claude Monet

Encadrés par un The Frame élégant, les Nymphéas de Claude Monet nous plongent dans l’un des plus beau chef-d’œuvre du peintre, son jardin. Plus de 31 ans ont été nécessaires à l’impressionniste pour réaliser cette série de 250 tableaux. Trois décennies au cours desquelles sa maîtrise évolue, poussée par ses rencontres avec d’autres artistes influents.

Les variations de lumière sont au cœur de son travail, sublimant au passage les célèbres nénuphars des jardins de Monet. Découvrez cette collection légendaire, tout droit venue de Giverny dans l'Art Store de votre téléviseur The Frame à partir de 4,99 €.

Les Nymphéas Les Nymphéas

Le saviez-vous ?

Toute œuvre possède sa propre histoire, découvrez celle des Nymphéas par artips

Dans ce petit village de Normandie, les habitants mènent une vie tranquille, sans histoire. Jusqu’à ce qu’un des propriétaires se mette à dos les lavandières et les paysans du coin.

Qui est donc ce fauteur de trouble ? Le fameux peintre Claude Monet. Cet impressionniste est fasciné par les reflets de la lumière sur l’eau et passionné d’estampes japonaises. Pour conjuguer ses deux amours, il décide de se créer un jardin d’inspiration japonaise agrémenté d’un bassin. Il achète alors un terrain adjacent à sa propriété et demande au maire l’autorisation d’y creuser un étang. Le hic ? Il faut pour cela détourner le Ru, un petit cours d’eau, afin de le remplir. Les villageois ont vent de ce projet et ne l’entendent pas de cette oreille ! Les lavandières craignent que le détournement de la rivière ne réduise le débit d’eau dont elles ont besoin pour laver le linge. Quant aux paysans, ils redoutent que les plantes exotiques de Monet empoisonnent le bétail.

Mais l’artiste ne lâche rien et écrit une longue lettre au préfet. Il y explique que chaque plante qu’il cultive existe déjà dans la rivière. L’argumentaire de l’empoisonnement tombe donc à l’eau et le peintre obtient enfin la précieuse autorisation. Monet peut apporter la touche finale à son fameux « jardin d’eau » : en parsemer la surface de nénuphars. Et le résultat est tel que Monet consacre les vingt dernières années de sa vie à peindre ses « Nymphéas » (le nom botanique des nénuphars).
Ça valait le coup de se mouiller !